L’ironie de l’Histoire

Il est clair depuis quelque temps que la transition au Burkina a désormais son opposition. Et le vote du nouveau code électoral a comme définitivement donné une raison d’exister à cette nouvelle « opposition ».

Ce samedi, à l’appel des forces vives signataires de la Charte de la transition, des citoyens sont sortis pour manifester leur soutien à la transition. Des marches pour soutenir la transition. C’est un peu comme du déjà vu dans ce Burkina Faso où le repos ne semble pas pour demain. Il ne fait plus de doute que la transition ne sera pas une traversée paisible.

 Au cœur de ces dissensions dans la marche de la transition, la modification du code électoral et les arrestations d’anciens du régime Compaoré. L’ex-majorité qui se sent exclue et qui reproche cela à la transition peut-elle se permettre de riposter par une marche ? On attend de voir. Mais il semble clair déjà que les rôles se sont inversés depuis l’insurrection, l’ex-opposition s’étant déjà installée confortablement dans son fauteuil de nouvelle majorité. On se profile encore vers un face à face, comme du temps où l’on était divisé au sujet de l’article 37 de la Constitution.

Le mal aise dans tout cela, c’est qu’au fur et à mesure qu’on avance dans la Transition, on semble perdre de vue une donne importante: la soif de changement qui a poussé les Burkinabè dans la rue pour chasser Blaise et son régime. Même si les élections participe de changement voulu, elles devraient être le couronnement d’une série de petits changements, dans le comportement, dans les actes. Malheureusement rien ne change réellement dans ce pays. La propension des forces vives signataires, notamment des politiciens et de ces multitudes de mouvements associatifs qui s’agglutinent à Transition comme des sangsues, à défendre cette transition trouve ses mobiles ailleurs. Le positionnement politique pour beaucoup.

Il n’y a plus de doute aussi que pour certains acteurs, l’insurrection signifiait plutôt « Ôtes-toi que je m’y mette ». Il faut prendre garde de ne pas tomber dans les travers du régime passé marqué par l’impunité et l’enrichissement d’un cercle proche du pouvoir au détriment des populations.

Comment peut-on d’ailleurs comprendre que lors de ce meeting du samedi 25 avril, personne n’a demander justice pour les martyrs des 30 et 31 octobre 2014? Personne, ou pas en tout cas de façon audible comme on a crié au sujet de l’opération « mains propres » qui jusque-là va dans un sens unilatéral. C’est tout comme entre des homicides volontaires et des malversations financières, il urgeait plus de punir les auteurs de ces dernières. Qu’est-ce qu’on attend pour arrêter aussi ceux qui ont tiré sur des manifestants les 30 et 31 octobre?

Que veut bien dire la mobilisation de ce samedi en soutien à la transition ? Que l’on ne reproche rien à la transition ? Ce n’est surement pas la bonne réponse. Car même si l’essentiel des messages sont allés à l’ex-majorité qui tente de revenir sur la scène politique, les autorités de transition ne doivent pas tomber dans l’erreur de croire que ce soutien est une carte blanche qui leur est donnée.

Poster un commentaire

Classé dans Ce que je pense

CONTRIBUTION – Réflexions sur les PAS au Burkina Faso (1)

A l’heure où les Burkinabè appellent de tout leur coeur le changement, avec les élections prochaines, il est des réflexions qui éclairent le passé de ce pays et qu’il vaut mieux savoir pour décider de notre avenir. C’est dans cette catégorie que je range cette contribution de M. Sayouba Tiemtoré, socio-économiste. Une réflexion qui éclaire sur la politique d’ajustement structurel, et sur les hommes qui ont conduit ces politiques dans notre pays. Une leçon sur l’histoire politique contemporaine du Burkina Faso, à travers les hommes qui ont mis en oeuvre le PAS. 

A partir des années 80, les pays africains ont été le théâtre d’une nouvelle politique économique dénommée Politique d’ajustement structurel (PAS), appliquée sous l’égide de la Banque Mondiale et du FMI.

Censé redonner un nouvel élan économique aux pays sous développés, le PAS, malgré ses différentes mutations successives, est loin d’avoir tirer ces pays d’affaire.

Dans le cas du Burkina Faso, c’est à la faveur de la Rectification survenue le 15 Octobre 1987 que le PAS a été introduit. Que ce soit sous sa forme originelle ou sous la forme des différentes mutations qu’il a subi, le PAS a été omniprésent tout au long du règne de Blaise Compaoré. Il a constitué l’essence même de la politique de développement mise en œuvre durant toute cette période. Il a été la bible qui a guidé l’action de tous les ministres ayant appartenu aux gouvernements successifs de Blaise Compaoré.

Quel bilan peut-on tirer aujourd’hui de la mise en œuvre du PAS ? Cela assurément nécessite un long débat qu’il n’est pas possible d’épuiser dans l’espace d’une seule publication. C’est pourquoi la présente réflexion s’attachera dans le cadre de ce premier article, à rappeler comment notre pays est allé au PAS et qui en étaient les premiers décideurs. Dans une autre publication, nous procèderons à l’analyse des conséquences économiques et sociales du PAS dans notre pays.

1 – Pourquoi le PAS au Burkina ?

Ce sont surtout les tensions au niveau des finances publiques qui ont entrainé le Burkina Faso dans le PAS. Pascal Zagré, qui fut un des architectes du PAS burkinabè, explique dans ses écrits que c’est le poids de l’endettement qui a obligé notre pays à aller au PAS. En effet, à la fin de l’année 1989, l’encours total de la dette de notre pays avait atteint 217,17 milliards de FCFA. En soi, ce montant n’est pas très élevé. D’habitude pour juger la dette d’un pays, on la compare à sa richesse nationale, son fameux Produit Intérieur Brut. Notre dette représentait à l’époque 29,6% de notre richesse. Il est intéressant de noter qu’après avoir beaucoup augmenté, le même ratio est retombé à 30% en 2013, presque le même qu’en 1989, en raison des annulations dont notre pays a bénéficié dans le cadre de l’initiative Pays Pauvres Très Endettés (PPTE).

En 1989, le service de cette dette (c’est à, dire le montant à rembourser chaque année) était aussi quelque peu modéré puisqu’il ne dépassait pas 9,4% des exportations de la même année. Mais le véritable problème du Burkina à l’époque, c’était la faiblesse des revenus collectés. Les années de braise de la révolution n’ont pas permis au secteur privé de prospérer. Or, c’est lui le principal pourvoyeur de recettes de l’état. Face à des recettes fiscales et douanières très faibles, le pays a choisi de ne pas rembourser ses dettes. Il a donc accumulé des arriérés.

Fin 1988, le montant total des arriérés sur la dette extérieurs avaient atteint le montant de 43,3 milliards de FCFA.

La situation était plus dramatique pour les arriérés intérieurs, c’est-à-dire l’argent que le gouvernement devait à ses fournisseurs et aux entreprises ayant exécuté des marchés publics. Ils se chiffraient à plus de 45 milliards la même année. En mai 1990, les arriérés extérieurs et intérieurs avaient atteint le chiffre inquiétant de 94 milliards soit autant que les recettes propres de l’année considérée.

Les arriérés intérieurs asphyxient l’économie puisqu’ils mettent à genoux les fournisseurs de l’état. Les arriérés externes coupent le robinet des financements extérieurs puisqu’on ne prête pas à un état qui ne paie pas ses dettes. C’est lorsqu’un pays se trouve coincé dans une telle situation que la Banque Mondiale et le FMI débouchent pour proposer leur aides. Le marché est simple : eux vous prêtent de l’argent pour vous permettre de rembourser vos dettes et pouvoir ainsi emprunter à nouveau ; vous, vous mettez en œuvre les réformes que eux veulent : libéralisation, privatisations, etc..Le Burkina était une proie idéale !

2 – Les décideurs du PAS

Dès son l’avènement, le Front Populaire, à travers notamment son programme d’action de Janvier 1988, a annoncé son intention d’entamer des discussions avec les institutions de Bretton Woods, en vue de l’adoption d’un PAS.

Nul ne doute qu’il s’agit là de la volonté du premier rectificateur, Blaise Compaoré lui-même. Dans l’ambiance de l’époque, personne n’aurait osé inscrire une telle assertion dans le programme du Front populaire sans son aval.

C’est donc Blaise Compaoré lui-même qui a opté de conduire notre pays dans le PAS, sans doute sur les avis de ses conseillers extérieurs.

Si l’intention était annoncée dès Janvier 1988, c’est finalement en Septembre 1989 que la démarche a réellement démarré. En effet, en Septembre 1989, le Gouvernement rédigea, avec l’appui des techniciens de la Banque Mondiale et du FMI, un projet de Document de Cadre de Politique Economique (D.C.P.E), qui expliquait les grandes lignes du PAS. Ce document a été soumit le 20 octobre 1989 à l’appréciation de la plus haute instance de l’Etat, à savoir la Coordination du Front Populaire.

Cette réunion de la coordination du Front Populaire consacrée à la discussion du Document Cadre de Politique économique constitue ainsi le moment crucial de la décision d’aller au PAS. Elle marque aussi un véritable tournant dans la conduite de la politique économique du pays, et une rupture définitive avec la période révolutionnaire. La coordination du Front Populaire qui a pris la décision historique d’engager notre pays sur le chemin du PAS, comprenait en son sein d’éminentes personnalités politiques de ce que l’on pourrait qualifier la «  gauche révolutionnaire » : Oumarou Clément Ouédraogo, Moctar Tall, Alain Zoubga, Salif Diallo, Dr Emile Paré, et bien d’autres personnes.

Les membres de la coordination du Front populaire sont donc, aux cotés de Blaise Compaoré, les premiers responsables de l’introduction du PAS au Burkina et de ses conséquences sur la vie de nos populations.

Fort de l’aval de la coordination du Front Populaire, le gouvernement peut annoncer officiellement le 20 Décembre 1989, son intention de conclure un PAS avec le FMI et la Banque mondiale. Mais pour coller à l’air du temps, et souhaitant avoir l’aval de la population, le Front Populaire organise des assises nationales sur l’économie, qui se tiennent le 12 mai 1990. Ces assises vont réunir plus de 2 000 participants triés sur le volet ( Comités révolutionnaires, opérateurs économiques, syndicats, etc..) pour examiner sans complaisance les réformes liées au PAS et pour envisager les alternatives possibles offertes à l’Etat afin de sortir l’économie de l’impasse prévisible. Au terme de ces assises, il a été convenu à l’unanimité de la mise en place d’un programme de réformes économiques soutenu par les institutions de Bretton Woods. Avec l’onction de ces assises, le Front Populaire pouvais désormais présenter le PAS comme une émanation de la volonté populaire. Ces 2000 délégués savaient ils qu’ils prenaient ainsi une décision hautement historique ? Ont-ils même compris l’enjeu de la question ? On peut se le demander !

En vérité, ces assises n’ont été qu’un simulacre. Car, au moment où se tenaient ces assises, les émissaires du gouvernement avaient déjà commencé les discussions avec la Banque Mondiale et le FMI, et ce depuis Octobre 1989. Ces discussions vont d’ailleurs durer jusqu’à mars 1991.

Le PAS du Burkina a été essentiellement préparé et négocié par trois membres  du gouvernement:

– Mme Bintou Sanogo, Ministre des Finances, (ancienne DG d’Air Burkina, elle a été nommée à ce poste le 23 Août 1988).

– Mr Tiraogo Célestin Tiendrebeogo, Secrétaire d’Etat au Budget depuis le 15 Octobre 1987 (il sera plus tard promu Ministre délégué au même poste, puis sera nommé DG de la Sofitex après son départ du gouvernement)

– (feu) Mr Pascal Zagré, Ministre du Plan et de la Coopération Internationale.

Le premier rapport du PAS du Burkina Faso a été soumis au Conseil d’administration du FMI en Mars 1991 et à celui de la banque mondiale le 4 Juin 1991. Il portait sur un montant de 80 millions de dollars US (environ 40 milliards de francs CFA).

Ce programme du premier PAS burkinabè couvrait la période 1991-1993 et avait pour objectifs :

  • l’élimination de tous les arriérés extérieurs et intérieurs ;
  • la maîtrise du déficit des finances publiques ;
  • une restructuration profonde des dépenses publiques ;
  • contenir le déficit du compte courant à 14% du PIB ;
  • la réalisation d’un taux moyen de croissance du PIB réel supérieur ou au moins égal à 4% et du revenu par habitant de 1% par an ;
  • la limitation du taux d’inflation mesuré par l’indice des prix à la consommation à 4%.

Dans le cadre des négociations, la délégation burkinabè a arrêté avec le FMI et la Banque Mondiale un certain nombre de réformes que notre pays s’engageait à mettre en œuvre. Ces engagements, contenus dans une matrice de mesures, concernaient :

  • la restructuration des dépenses publiques
  • l’investissement dans les 4 secteurs prioritaires que sont : la santé, l’éducation primaire, les routes, et la collecte des recettes
  • la programmation de l’investissement public
  • la réforme des entreprises publiques (avec une liste précise d’entreprises publique à liquider, à restructurer, ou à privatiser)
  • la réforme du secteur bancaire
  • la libéralisation des prix
  • la libéralisation du commerce selon un échéancier établi à l’avance
  • etc…

Mais les ministres qui ont négocié le PAS (Sanogo et Zagré) n’auront pas l’opportunité de conduire le programme pendant longtemps. Pascal Zagré est limogé le 10 Septembre 1990, avant même la fin des négociations, et remplacé par Frédéric Assomption Korsaga qui devient le nouveau ministre du Plan et de la Coopération.

Bintou Sanogo perd son poste le 16 Juin 1991, à peine deux semaines après l’adoption du PAS du Burkina par le conseil d’administration de la banque mondiale (4 Juin 1991), au profit du même Korsaga qui se voit propulsé à la tête d’un grand ministère unique des Finances et du Plan.

De ce fait, c’est surtout à Frédéric Assomption Korsaga qu’est revenu la responsabilité, en tant que ministre des Finances et du plan, de mettre en œuvre le PAS dans ses premiers moments. Pour l’appuyer dans cette tache, il avait deux ministres délégués :

  • pour le Budget, Mr Célestin Tiendrebeogo.
  • pour le Plan, Mr Jacques Sawadogo, précédemment DG de l’Onatel, et plus tard ambassadeur à Taiwan.

En plus, pour mieux organiser les relations avec la Banque Mondiale et le FMI, il a été créé un Ministère spécial du PAS, dénommé Ministère des Réformes économiques. Ce ministère a été confié à Mr Bissiri Sirima, qui sera plus tard coordinateur du MCA.

En Juin 1992, Frederic Assomption Korsaga quitte le gouvernement. Il est remplacé par Roch Marc Christian Kaboré, nommé Ministre d’Etat, Ministre des Finances et du Plan. Le Ministère des Réformes économiques fut supprimé et remplacé par un Secrétariat Technique Permanent du PAS (STP/PAS), rattaché au ministre des finances, et confié toujours au même Bissiri Sirima. Le ministre délégué au budget est toujours Célestin Tiendrebeogo. Le ministère délégué au plan est supprimé.

En Juillet 1993, RMCK perd son poste au profit d’Ousmane Ouédraogo, venu tout droit de la BCEAO où il occupait le poste de Vice Gouverneur. Ce dernier reste en poste jusqu’à Mars 1994, date à laquelle il est remplacé par Zéphirin Diabré, qui était entré au gouvernement en Juin 1992 comme Ministre du Commerce, de l’Industrie et des Mines. Au Commerce, c’est Souley Mohamed, ancien DG de la Sonabhy, qui succède à Diabré.

Diabré est secondé dans un premier temps par Célestin Tiendrebeogo, puis à partir de 1995, par Tertius Zongo, nomme ministre délégué au Budget et à la Planification. En Septembre 1996, le Premier ministre, Kadré Désiré Ouédraogo décide de cumuler son poste avec celui de ministre des finances, afin de mieux s’impliquer personnellement dans la conduite du PAS. Il nomme Diabré au CES, mais conserve auprès de lui Tertius Zongo toujours comme ministre délégué. En 1997, Kadré cèdera finalement sa place de Ministre des Finances à Tertius Zongo, qui y restera jusqu’en 2001, avant de devenir Ambassadeur aux USA et par la suite Premier ministre de 2007 à 2011. Tertius Zongo sera remplacé aux finances par Jean Baptiste Compaoré .Ce dernier séjournera à ce ministère jusqu’en 2008, avant de rejoindre la BCEAO comme Vice Gouverneur. Il y est toujours. Jean Baptiste Compaoré est remplacé par Lucien Marie Bembamba, qui pilotera le département des finances de 2008 jusqu’à la chute du régime Compaoré en Octobre 2014. Jean baptiste Compaoré et Lucien Bembemba, proches parents du Président du Faso,   sont les ministres qui ont le plus duré aux finances sous Blaise Compaoré : 7ans et 6 ans respectivement ! Dans l’histoire du Burkina, ils ne sont devancés en termes de longévité au poste de ministre des finances que par l’Intendant Général Tiémoko Marc Garango qui y est resté 10 ans (1966-1976).
Dans la conduite du PAS, le Ministère des Finances est le chef d’orchestre.

C’est lui l’interface avec la Banque Mondiale et le FMI. C’est lui le coordinateur du programme. Mais plusieurs réformes relevant du PAS sont prises en charge par d’autres ministères, qui eux aussi font donc partie intégrante de la gestion du PAS. Il s’agit notamment :

– du ministère du Commerce et de l’industrie, qui avait en charge le volet de la libéralisation du commerce, et des privatisations,

– du ministère de l’agriculture, qui mettra en œuvre un volet spécifique du PAS dénommé Programme d’Ajustement du secteur agricole (PASA)

-du ministère des Transports, qui aura aussi son propre PAS dénommé PASECT (Programme d’ajustement sectorielle des transports)

-du ministère de l’éducation

– du ministère de la santé

-du ministère de la fonction publique, qui mettra en œuvre le programme d’appui à l’administration(PAA)

Etc..

Au fil du temps, rares étaient les ministères qui n’étaient pas concernés par un volet du PAS. De ce fait, l’écrasante majorité des personnes qui ont occupé des fonctions ministérielles sous Blaise Compaoré ont eu à mettre en œuvre un volet du PAS, avec pour chef de file le Ministre des Finances.

Au fil du temps, le PAS a pris des colorations différentes. Mais la philosophie a toujours été la même : libéraliser l’économie et promouvoir le secteur privé.

Quoiqu’ils puissent s’en défendre, c’est cette philosophie que tous les ministres ayant travaillé avec Blaise Compaoré ont eu à mettre en œuvre, surtout ceux qui avaient la charge des ministères directement concernés par le PAS, et cités plus haut.

Dans la suite de notre réflexion, nous allons nous intéresser au contenu des différents programmes du Pas du Burkina et à leurs conséquences économiques et sociales.

Sayouba Tiemtoré

Socio-économiste

sayouba_tiemtore@yahoo.fr

Poster un commentaire

Classé dans Contribution

Médias sociaux : Au Burkina Faso, les politiques traînent toujours le pas

Nos autorités de la transition n’utilisent pas les médias sociaux. Tout comme les précédentes. Même après l’insurrection d’octobre 2014 qui a prouvé le rôle des médias sociaux en matière de démocratie et de citoyenneté, presque rien n’a changé dans les habitudes de nos politiciens et autorités.

Le compte Twitter du Premier ministre de transition, pourtant identifié par des organismes comme Burson-Marsteller qui publie l’étude Twiplomacy, ainsi que celui de Michèle Kafando, Président de la transition, ne sont pas actifs. Créé le 17 novembre, le compte de Michel Kafando a enregistré un seul tweet et est entré dans un long sommeil depuis. Celui du premier ministre de la transition, créé le 1er novembre 2014 ne se porte pas mieux : 8 tweets. Mais avant même toute ces considérations, il faut signaler que ces comptes n’ont pas été confirmés et le flou demeure à leur sujet. A titre illustratif, il existe au moins 5 comptes Twitter au nom du premier ministre de transition Isaac Yacouba Zida.

Le dernier compte Twitter en date, au nom d’une autorité de la transition, c’est ce compte de Monseigneur Paul Ouédraogo, @MonsPaulOued, président de la commission de la réconciliation nationale et des réformes (CRNR). Est-ce une initiative de son cercle de communication ? L’intéressé et son chargé de communication, ignorent l’existence de ce compte, m’a répondu Alexandre le Grand Rouamba, chargé de communication à la CRNR. Encore un compte d’initiative isolée d’un citoyen. Ce qui n’est pas mauvais en soi. Car si des citoyens prennent des initiatives de créer des comptes au nom de leaders politiques, c’est aussi le signe que le besoin de voir les autorités politiques communiquer est bien réel. Mais la confusion continue de régner.

On se souvient encore cette vague de plainte au sujet de piratage de comptes Facebook dont se sont plaints successivement des leaders politiques. Ou encore la fameuse histoire du compte Twitter de l’ex président Compaoré.

Pendant ce temps on avance ailleurs (Allons_Seulement !)

Pourtant c’est le moment propice pour que les nouveaux outils de démocratie et de citoyenneté active prennent place dans les habitudes de nos autorités. Parce qu’il y a des citoyens qui s’y sont mis et qui manifestent plus que jamais dans cet espace virtuel, leur intérêt pour le débat politique, nécessaire dans un Etat démocratique.

Dans son étude annuelle 2015 publiée ce mardi 28 avril, Burson-Marsteller fait le constat que Twitter est devenu le réseau social de choix des leaders mondiaux pour atteindre une large audience. Et comme toujours, l’Afrique brille par son absence.

Heureusement quelques leaders du continent brillent par leur présence et de la plus belle des manières. Selon l’étude Twiplomacy, le Président rwandais, @PaulKagame, est devenu le président africain le plus suivi sur Twitter, avec 842 260 abonnés, devant le Kenyan Uhuru Kenyatta (@UKenyatta).

En plus de cette première place sur le continent, @PaulKagame est le leader le plus inter-actif au monde (the most conversational world leader) avec 86% de ses tweets en réponses à d’autres utilisateurs (des conversations).

Certes, nous ne sommes peut-être que quelques privilégiés à utiliser les réseaux sociaux, à avoir accès à une connexion internet au Burkina. Mais une chose est au moins sure : le débat politique a pris une place importante dans cet espace virtuel.

Pour preuve, sur le réseau social Facebook foisonnent des groupes et pages autour de sujets politiques, animés par des citoyens très actifs. Et justement en face d’eux, on attend aussi les politiques et les autorités qu’ils soient présents.

Les politiques ainsi que les autres autorités de la transition gagneraient à ne pas rester en marge de cette dynamique de la citoyenneté active qui se sert des nouveaux outils de démocratie. Pour rendre compte, être à l’écoute des citoyens et de leurs préoccupations. Ou tout simplement pour combattre la rumeur et communiquer efficacement. Nous sommes encore peut-être loin de la démocratie 2.0 au Burkina, mais il faudra bien que cela arrive un jour. Et mieux vaut maintenant que tard car pendant ce temps, les autres avancent. Allons Seulement !

Poster un commentaire

Classé dans Ce que je pense