L’ironie de l’Histoire

Il est clair depuis quelque temps que la transition au Burkina a désormais son opposition. Et le vote du nouveau code électoral a comme définitivement donné une raison d’exister à cette nouvelle « opposition ».

Ce samedi, à l’appel des forces vives signataires de la Charte de la transition, des citoyens sont sortis pour manifester leur soutien à la transition. Des marches pour soutenir la transition. C’est un peu comme du déjà vu dans ce Burkina Faso où le repos ne semble pas pour demain. Il ne fait plus de doute que la transition ne sera pas une traversée paisible.

 Au cœur de ces dissensions dans la marche de la transition, la modification du code électoral et les arrestations d’anciens du régime Compaoré. L’ex-majorité qui se sent exclue et qui reproche cela à la transition peut-elle se permettre de riposter par une marche ? On attend de voir. Mais il semble clair déjà que les rôles se sont inversés depuis l’insurrection, l’ex-opposition s’étant déjà installée confortablement dans son fauteuil de nouvelle majorité. On se profile encore vers un face à face, comme du temps où l’on était divisé au sujet de l’article 37 de la Constitution.

 Mais que veut bien dire la mobilisation de ce matin en soutien à la transition ? Que l’on ne reproche rien à la transition ? Ce n’est surement pas la bonne réponse. Car même si l’essentiel des messages sont allés à l’ex-majorité qui tente de revenir sur la scène politique, les autorités de transition ne doivent pas tomber dans l’erreur de croire que ce soutien est une carte blanche qui leur est donnée.

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« Pour nous, la transition c’est l’austérité ». Mais il y a les Autres…

La transition. Ce mot a plus d’un sens pour les Burkinabè. Pour nombre d’opérateurs économiques, elle signifie des mois d’attente d’êtres payés, une activité en ralenti, des caisses vides.

Un ami, jeune entrepreneur dans le domaine des marchés publics m’a récemment confié ceci : « Pour nous, la transition, c’est l’austérité ». Son business en stand by, il n’attend que le bout du tunnel de la transition. Mais tout le monde veut-il vraiment voir le bout de ce tunnel ? Pas si sûr.

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Pour beaucoup de Burkinabè, la transition signifie aussi des opportunités économiques au ralenti. Mais il y a les autres. Ceux qui ont découvert le moyen de s’en sortir pendant cette transition et qui en tire profit. Pour eux, la transition signifie une mine d’or.

Les plus « illustratifs » de ces fortunés de la transition, sont de la société civile ou plus précisément d’une certaine société civile, qui fourmille d’organisations et de mouvements et qui ne manquent aucune occasion d’afficher, dans des T-shirt confectionnés à coup de centaines de mille, leur soutien à la transition, de mobiliser la presse pour la défendre. Comme lors de ces marches pour demander la dissolution du Régiment de sécurité présidentielle qui ont mobilisé dans les villes de Bobo et de Ouagadougou. Comme ce jeudi 12 mars, la foule sortie pour accueillir la délégation du gouvernement revenant d’une tournée dans la sous-région africaine. Comme encore ce mardi 7 avril, la mobilisation dans les environs du CNT pour soutenir le vote de la loi de révision du code électoral.

Depuis l’insurrection et depuis que la transition est entrée dans une zone de turbulence, on a vite vu ses défenseurs à l’œuvre, avec des moyens financiers qui suscitent des interrogations. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la transition n’a pas le même sens pour ces autres Burkinabè en cette saison de transition politique. C’est à croire qu’en lieu et place de créer une entreprise, il vaut mieux au Faso créer son petit mouvement et afficher son soutien à la transition. C’est le moyen le plus rapide de gagner de l’argent et sa vie, par ces temps qui courent.

Certes, il y a incontestablement dans le lot des associations et mouvements qui ont vu le jour dans la foulée de la lutte contre le régime Compaoré, quelques unes portées par des fortunés. Même si l’interrogation demeure là aussi sur le mobile de leur générosité. Mais il y a surtout dans ce lot, un bon nombre, comme l’a dit l’autre, qu’ « on a vu ici ».

Pour que plus rien ne soit plus comme avant, certaines organisations devront nous éclairer davantage sur leur financement. Parmi ses potentielles sources de financements il ne faudra pas exclure ceux à qui profite l’activisme actuel de soutien à la transition. On n’est vraiment pas loin d’une transition qui obéit à l’idée d’un « Ôtes-toi que je m’y mette ». A mon humble avis.

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