Cacophonie gouvernementale au sujet du déploiement à Ouaga du GIGN

Le fonctionnement actuel du premier gouvernement de Roch n’échappe pas à la règle du stage obligatoire. Même chez les Français, professionnels de la chose politique, les tâtonnements de la première équipe de François Hollande ont fait l’objet d’un livre: « Le stage est fini », de la célèbre journaliste politique, Françoise Fressoz.

Passer donc par une étape de tâtonnement, ou, par euphémisme, de stage. Quoi de plus normal alors pour une équipe gouvernementale, héritière d’une période transitoire et arrivée aux affaires dans une situation sécuritaire très détériorée.

Le dimanche 03 avril, depuis la ville de Bobo Dioulasso, à la faveur d’une conférence de presse sur le bilan de ses 100 premiers jours au pouvoir, le président du Faso est revenu sur la question du déploiement du GIGN. S’il a eu le mérite d’être clair,  il a aussi suscité des interrogations, par l’incohérence de ces propos avec ceux de certains de ces ministres.

C’est clair. « Concernant le déploiement du GIGN, nous avons eu cette information comme vous sur France Inter (…). Nous avons considéré que nous ne nous sentons pas concernés. Le minimum dans cette matière, c’est d’informer les plus hautes autorités du pays et de voir s’il y a  la possibilité ou non de le faire », a déclaré le Président du Faso.

Mieux, c’est clair et net. « Toute information que nous apprenons par la radio n’engage que ceux qui font leurs déclarations et ne nous engagent pas, puisque de façon officielle, nous n’avons pas été saisis  sur ce déploiement. Et nous avons d’ailleurs le même jour, dit  à l’ambassadeur de France tout notre mécontentement sur cette procédure ».

Une Certitude. Des ministres du gouvernement ont néanmoins parlé de ce sujet. La presse a rapporté leur propos et un d’eux avoue avoir parlé du sujet, si j’en crois des réactions sur Twitter qui semblent être celles d’un des ministres.

La où le flou demeure, c’est le contenu des discussions. Ce que rapporte la presse semble battre en brèche l’affirmation selon laquelle le gouvernement n’est pas concerné. A moins que certains ministres se soient donné la liberté de se saisir de l’information sur le déploiement du GIGN.

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C’est confus. Extrait d’un compte rendu paru dans Sidwaya du 17 mars 2016 et sur lefaso.netSur la question du déploiement annoncé par le ministre français de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, d’unités du GIGN, Alpha Barry dira que « les discussions sont en cours entre les ministres chargés de la sécurité, pour voir les modalités d’une telle opération, si le gouvernement burkinabè marquait son accord pour un tel déploiement ».

Si on lit entre les lignes, de tels propos peuvent laisser entendre tout, sauf un étonnement du gouvernement burkinabè, et sauf une protestation. On peut aller plus loin pour comprendre que le gouvernement a mis l’idée de ce déploiement en discussion, en vue de marquer ou non son accord. Toute chose qui ne peut être possible que si le gouvernement a été saisi ou s’est saisi (via les médias) de cette décision du gouvernement français.

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Encore plus confus. « Le ministre en charge de communication, Rémis Fulgance Dandjinou a, par ailleurs expliqué les modalités du déploiement du Groupe d’intervention de la Gendarmerie nationale (GIGN) au Burkina Faso. (…) Pour le déploiement du GIGN, il a répondu qu’il s’agit pour l’instant d’une troupe mineure ( ?). « Ce sont des gendarmes spécialisés dans les enquêtes et le renseignement qui auront comme base Ouagadougou. C’est un nombre réduit qui permettra à la sous-région de bénéficier de l’expertise de ces techniciens dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. – Extrait de Sidwaya n°8123 du vendredi 18 au dimanche 20 mars 2016.

Dans les faits, de quoi parle-t-on ?

De trois choses l’une: soit les journalistes et ministres ne parlent pas de la même unité (GIGN, gendarmes spécialisés, forces spéciales…) et dans ce cas, nos deux ministres, fondus dans les métiers de l’information auraient dû corriger leurs confrères ou les interpeller sur la confusion ; soit les journalistes rapportent mal les propos, auquel cas, les ministres qui lisent la presse devaient les interpeller et rectifier; soit encore, c’est tout simplement des erreurs de débutants, auquel cas, il faut juste le reconnaître et passer à autre chose.

En attendant, le citoyen lambda comme moi ne verra dans les différentes sorties du gouvernement que de la cacophonie. Et, finalement, en plus de ses auteurs, cette la déclaration sur le déploiement du GIGN a quand même engagé aussi des ministres du gouvernement. Le stage est presqu’obligatoire et on n’en voudra pas trop au gouvernement pour des rétropédalages, surtout si cela est motivé par la réaction d’une majorité de Burkinabè. Mais à vouloir se dérober de ses erreurs de débutants, on risque de ne pas s’améliorer.

Fraudes fiscales : le CNT engage la chasse aux mauvais contribuables

Le Conseil national de la transition a installé, le vendredi 10 juillet 2015, les membres de la commission d’enquête parlementaire sur « les fraudes fiscales, les restes à recouvrer des régies des recettes ainsi que les chèques revenus impayés du Trésor ». En effet, conformément au règlement du Conseil national de la transition, les députés de la transition avaient examiné et adopté une proposition de résolution portant création d’une commission d’enquête parlementaire sur les sujets précités, en séance plénière le mardi 30 juin 2015. La fraude fiscale étant perçue comme le détournement illégal d’un système fiscal afin de ne pas contribuer aux cotisations publiques.

Le règlement du CNT en son article 122 stipule que « le Conseil national de la transition règle les comptes de la Nation selon les modalités prévues par la loi relative aux lois de finances. » La création de cette commission d’enquête résulte donc d’une décision prise par l’organe législatif de la transition de combattre les pratiques de gabegies, de népotisme, d’enrichissement illicite et de corruption. L’exercice consistera à identifier les débiteurs du trésor public aux fins de réclamer les dus. L’objectif étant de créer les conditions pour un respect rigoureux des règles économiques.

Dans son adresse au cours de l’installation des membres de la commission d’enquête, le président du Conseil national de la transition, Moumina Cheriff SY a souligné la nécessité pour lesdits membres de travailler en équipe avec une rigueur soutenue pour dit-il « aller chercher le mal, jusque dans les racines ». Il ressort que depuis 2012 au Burkina Faso, les mauvaises pratiques économiques ont provoqué un préjudice estimé à plus d’un milliard de francs CFA par an. Le Premier ministre Yacouba Isaac Zida, dans son discours sur la situation de la nation, soulignait également qu’au niveau des finances publiques « l’exécution des opérations financières de l’Etat est ressortie déficitaire à la fin décembre 2014, sur la base des estimations provisoires. Le déficit global base engagement s’est établi à 135,3 milliards de FCFA à fin décembre 2014, contre un déficit de 210,9 milliards de FCFA, en 2013. »

La commission d’enquête parlementaire ainsi installée a pour but d’informer le CNT sur des faits déterminés en lien avec les fraudes fiscales, les restes à recouvrer des régies des recettes ainsi que les chèques revenus impayés du Trésor, sous réserve qu’ils ne fassent pas l’objet d’une procédure judiciaire. L’initiative de l’enquête parlementaire entre en droite ligne dans les missions de contrôle de l’action gouvernementale par le parlement. Elle participe à l’amélioration du recouvrement et de la gestion des ressources budgétaires dans notre pays.

La décision portant composition des membres de la commission d’enquête parlementaire indique clairement que les huit membres sont issus des groupes constitués du Conseil national de la transition. Les membres ont été désignés à la proportionnelle des groupes LDJ (Liberté -Démocratie-Justice), FDS (Forces de défense et de sécurité), OSC (Organisations de la Société Civile), ARD (Alliance pour la République et la Démocratie). Les différents membres de la commission ont été retenus sur la base de leur profil adapté et de leurs expériences en lien avec les questions à résoudre.

Dans sa démarche, la commission peut procéder à des auditions et effectuer des missions sur pièces et sur place. À l’issue de quarante-cinq jours de travaux au plus, ladite commission d’enquête parlementaire rédigera un rapport à même d’intégrer des recommandations ou même aboutir au dépôt d’une proposition de loi relatif à la problématique. Le rapport établi par la commission d’enquête parlementaire sera remis au Président du Conseil national de la transition pour toute fin utile.