Un « Nouveau temps pour la démocratie » après Blaise Compaoré

Après Djibril Bassolé, Yacouba Ouédraogo, un autre ancien ministre de Blaise compaoré a affiché ses ambitions politiques le week-end passé: Vincent Dabilgou, ancien ministre de l’Habitat et ancien député de la majorité jusqu’à l’insurrection populaire, a lancé son parti politique. Un parti politique dénommé « Nouveau Temps pour la Démocratie ». L’après Blaise semble être vraiment un nouveau temps pour la démocratie.

On assiste depuis le départ du pouvoir de Blaise Compaoré, à une effervescence dans le Landerneau politique burkinabè et on ne finit plus de compter les prétendants au fauteuil laissé par ce dernier. Parmi ces prétendants nombreux sont ceux issus de l’ex-majorité. Comme le dernier en date, Vincent Dabilgou qui a emboité le pas à Yacouba Ouédraogo et à Djibril Bassolé. En attendant le prochain, une telle course (en rang dispersé pour le moment) des anciens proches de Blaise Compaoré, même si elle nous rappelle l’ère nouvelle dans laquelle nous sommes (Union pour un Burkina nouveau, Nouveau temps pour la démocratie) est, il est faut le reconnaitre, assez équivoque. Hypotheses

Enfin libres pour défendre des ambitions personnelles. S’ils sont sincères, ces anciens proches de Blaise Compaoré qui ont défendu ses ambitions, attendaient le départ de celui-ci pour afficher leurs propres ambitions, peureux qu’ils étaient de prendre des risques. Il n’est plus là et on peut maintenant foncer. Et le refrain que l’on ne finira pas d’entendre lors de leur campagne est celui-ci : « Nous tirons leçon des événements, de l’histoire politique, de …. Bref, un refrain de repentance.

Pourrir la vie politique. On sait à quel point perdre le pouvoir d’un seul coup après 27 ans fait mal. On ne s’étonnera donc pas que Blaise et ses anciens proches (s’ils ne le sont toujours pas) tiennent encore, par tous les moyens à exister politiquement et à jouer un rôle aux prochaines élections. La ruse est peut être le moyen le plus le plus efficace. Diviser l’électorat en mille morceaux pour empêcher les candidats les plus cotés en ce moment de s’accaparer du fauteuil. Certains observateurs n’ont pas tord de voir dans cette multitude d’ambitions une stratégie du « Tout sauf … »

Dans cet hypothèse, on est pas loin d’un coup orchestré par l’ex-majorité qui tente de se relever et qui pourrait se voir renforcé par le ralliement de ces vassaux partis conquérir des électeurs officiellement en leur nom mais officieusement pour faire le jeu d’un CDP qui veut revenir sous une autre forme sur la scène politique. Du reste, certains l’ont déjà annoncé: il se prépare une alliance entre des partis pour renforcer l’ex majorité. Le 14 février, lors de la conférence provinciale du CDP section Comoé, Léonce Koné, qui préside le directoire de l’ex parti présidentiel, a annoncé une nouvelle alliance avec plusieurs autres partis pour la reconquête du pouvoir. Une alliance qui pourrait consister en une consolidation de la mouvance présidentielle, avec des partis du front républicain. Mais le CDP a besoin de multiplier ses stratégies et ses chances. En cela, tous ceux de ce parti qui peuvent encore bénéficier d’un capital de sympathie aux yeux de l’électorat peuvent jouer un rôle de plus.

Le moins que l’on puisse dire c’est que les jours à venir seront riches en évènements politiques. Tant pis pour la transition, puisque les politiciens eux, sont en train de compter ses jours, pressés qu’ils sont, les uns de conquérir un fauteuil qu’ils convoitent depuis, les autres de leur en empêcher. Un nouveau temps pour la démocratie! Vraiment!

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Ciné Droit Libre a fêté ses 10 ans. Vive la censure!

Les écrans du festival Ciné Droit Libre qui fêtait cette année ses 10 ans, se sont éteints ce samedi 7 juin. 10 ans que ce festival draine du monde et sert de lieu de rencontre entre le public et des films censurés ou politiquement engagés. Retour sur le lien, pour le moins paradoxal entre un festival et la censure.

Il est devenu depuis quelques années l’un des deux festivals majeurs de cinéma qui font de Ouagadougou la capitale africaine du cinéma. Et pourtant, à la différence du FESPACO l’autre festival, n’eût été la censure qui frappait certains films, le Festival Ciné Droit Libre n’aurait pas vu le jour.

Imaginé par trois amis, Luc Damiba, Abdoulaye Diallo et Gidéon Vink, le Festival doit son existence à la censure qui frappait le film Bori Bana. Un film sur Norbert Zongo, journaliste burkinabé assassiné en 1998, réalisé par ceux-là mêmes qui ont imaginé plus tard le Festival comme seule solution pour sa diffusion. « Nous nous sommes dit que si ce film a de la peine d’être vu, il y a certainement d’autres films qui ont le même problème ». Voilà, selon Abdoulaye Diallo ce qui a convaincu les trois à lancé en 2005 ce Festival de films sur les droits humains et la liberté d’expression. « On a censuré un film, on a récolté un festival » a résumé Abdoulaye Diallo, le coordonnateur du Festival.

 

D’année en année, le festival a prêté ses écrans à des films censurés, interdits de projection dans certains pays. Comme à l’édition de 2013, avec Jean Pierre Bekolo et son film Le Président. Au-dela de la simple projection de films, le festival Ciné Droit Libre est aussi et surtout le lieu de débat sur des sujets de droits humains et de démocratie, sur l’avenir de l’Afrique et sur l’engagement de la jeunesse, avec des invités de marques. Pour la 10e édition, parrainée par l’ancien président ghanéen Jerry Rawlings, 45 films ont été projetés, 21 débats organisés ainsi qu’un dialogue démocratique, et 6 concerts de musique ainsi que des soirées d’humour.

Alors qu’il s’étend à d’autres pays comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Niger et bientôt la Tunisie, Ciné Droit Libre s’est aussi inscrite dans la dimension d’un véritable festival qui décerne des prix à des films à l’instar des autres festivals. Pour la première fois, la dixième édition a décerné 3 prix dont le Grand prix du Festival, le prix Sergio Vierra de Melo, remporté par « 7 jours à Kigali, la semaine où le Rwanda a basculé ». L’initiative de ces prix devra encouragé la production de film engagé de qualité. Selon Pierre Rouamba, président du Jury, les réalisateurs de films engagés doivent miser sur la qualité esthétique et technique pour « éviter qu’on ne dise que le cinéma engagé est un cinéma de pancarte« .

Gagner donc le pari de la qualité des films, c’est peut-être ce qui reste à ce Festival, fruit de la censure.

Justin Yarga

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