Transition au Burkina : Comment nous avons confondu vitesse et précipitation

La transition est plus que jamais dans l’impasse. Ce qui devait poser les fondements du changement voulu par les insurgés d’octobre 2014 et nous conduire à des élections un an après, s’est révélé une véritable odyssée. Ces derniers temps, une brouille entre le Premier ministre et ses camarades de tenue du Régiment de sécurité présidentielle, brouille à laquelle sont sensés être étrangers les honnêtes citoyens, mises à part ces OSC qui sont dans le secrets des dieux, a fini par semé un doute déconcertant dans la tête des citoyens. Plus que doute, le pire c’est cette psychose qui s’installe. Chaque nuit nous dormons d’un œil, surtout quand des personnes, dans le secret des renseignements vous avertissent à longueur de journée de ce qui se trame de grave les prochains jours, et que le Président de la transition qui est sensé mené des concertations ne sort toujours pas de son silence.

N’empêche qu’il est encore temps, même à trois mois des élections, de réfléchir à comment sortir de l’impasse. Malheureusement et sans être fataliste, il faut reconnaître que les intellectuels et les citoyens, ces spécialistes spontanés dont la parole s’est libérée depuis quelques temps grâce aux réseaux sociaux, n’ont réellement aucune influence sur le cours de ce qui se trame par rapport au RSP.

On peut penser que pour avoir chassé Blaise en affrontant ses militaires armés et des balles réelles, ce même peuple pourrait venir à bout de toute autre force, qu’elle ait pour nom RSP ou pas. Sauf que même un peuple déterminer a besoin de savoir pourquoi il lutte, et bien cerner l’objet de sa lutte. Pour Blaise Compaoré, tout était clair et nul, sans mauvaise fois, ne pouvait encore douter. Les Burkinabè, fatigués déjà de 27 ans de règne, connaissaient son projet de modifier l’article 37 pour rester au pouvoir. Ce n’était plus une intention après l’adoption du projet de loi, et la session parlementaire du 30 octobre qui n’a pas finalement eu lieu.

On ne veut pas du RSP, mais de Zida oui ?

Peut-on dire autant des luttes actuelles ? Quand des voix s’élèvent pour demander la dissolution du RSP, combien à part elles savent ce qui se passe entre le RSP et Zida? Le RSP n’est pas un groupe d’enfants de chœur. Ce corps d’élite est même impliqué dans plusieurs crimes, à en croire des rapports comme celui de la commission d’enquête sur l’assassinat de Norbert Zongo. Mais le RSP c’est Zida, c’est Diendéré, ce sont tous ces jeunes militaires qui en sont membres. Et s’il y a un couac entre Zida et les autres, qui sait pourquoi ? A moins que la thèse d’une entente entre eux et Zida pour que ce dernier prennent le pouvoir le 31 octobre ne soit vraie et qu’en voulant s’émanciper entre temps, il est l’objet de règlement de compte.

Une chose est sûre : les insurgés des 30 et 31 octobre ne savent rien de cette affaire interne à un corps. Tout le reste est supposition. Et dans ce contexte, il serait utopique de vouloir mobiliser ces insurgés contre une partie de ce corps. Peut-on d’ailleurs vouloir la dissolution du RSP et le maintient d’un RSP comme premier ministre ?

Tout cela devait être pensé avant d’entamer la marche vers les élections. Il est désormais clair pour tous que nous avons ab initio confondu vitesse et précipitation. Par conséquent, on ne sait vraiment plus ce que l’on veut. Les partis politiques de toute évidence n’ont plus le temps pour qu’on trouve ensemble une solution à nos problèmes. Or une des raisons évidentes pour lesquelles nous voulons débarrasser Kossyam de la garde des RSP, c’est bien pour un mandat paisible, sans troubles. Ce qui est certes de notre responsabilité, mais surtout de celui qui sera élu aux lendemains du 11 octobre. Il y va d’ailleurs en premier de sa sécurité.

Allons seulement ou stoppons maintenant ?

alwaysread.me

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Nous sommes pris par un délai pour organiser des élections. Au même moment il est devenu nécessaire de résoudre des questions comme celle du RSP. On peut dire que nous sommes sur la corde raide. A l’heure actuelle où personne ne peut nous sortir la meilleure solution, et qu’il faut proposer la moins pire, je propose donc qu’on choisisse entre deux choses l’une :

  • se concentrer sur les élections et laisser toutes les autres questions non résolues (RSP, nouvelle constitution) aux prochains élus. La société civile et les autres acteurs qui revendiquent la dissolution du RSP ainsi que ceux qui veulent le changement d’une constitution, en feront les points principaux de leur plateforme revendicative durant le mandat des élus du 11 octobre. En d’autres termes, on suit la fameuse formule en vogue : « Allons seulement », tôt ou tard, les problèmes auront des solutions.
  • Ou alors, si cette première solution n’est pas envisageable, choisir de stopper la précipitation, d’avoir le courage de reconnaître qu’on s’est trompé de rythme. On change alors de gouvernement (puisqu’il y a un RSP dans le gouvernement et qu’on ne veut plus de ces gens-là), on prend le temps de dissoudre le RSP et tout le RSP en tant que régiment chargé de la sécurité présidentielle, d’adopter une nouvelle constitution. Et on va aux élections après tout cela. Ce choix aura en outre l’avantage d’amener les politiciens à s’impliquer un peu plus à la résolution des problèmes actuels qui minent la marche de la transition. En d’autres termes, procéder à toutes les réformes nécessaires pour des institutions solides. Et ne pas se contenter de tracer les sillons, comme on l’entend, pour les prochains gouvernements.

Si vous voyez d’autre solution pour sauver la transition, allez-y, proposez. Parce qu’il nous faut tous nous lancer dans cette réflexion. Nous avons tous (ou presque) risqué nos vies pour le changement.

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CONTRIBUTION – Réflexions sur les PAS au Burkina Faso (1)

A l’heure où les Burkinabè appellent de tout leur coeur le changement, avec les élections prochaines, il est des réflexions qui éclairent le passé de ce pays et qu’il vaut mieux savoir pour décider de notre avenir. C’est dans cette catégorie que je range cette contribution de M. Sayouba Tiemtoré, socio-économiste. Une réflexion qui éclaire sur la politique d’ajustement structurel, et sur les hommes qui ont conduit ces politiques dans notre pays. Une leçon sur l’histoire politique contemporaine du Burkina Faso, à travers les hommes qui ont mis en oeuvre le PAS. 

A partir des années 80, les pays africains ont été le théâtre d’une nouvelle politique économique dénommée Politique d’ajustement structurel (PAS), appliquée sous l’égide de la Banque Mondiale et du FMI.

Censé redonner un nouvel élan économique aux pays sous développés, le PAS, malgré ses différentes mutations successives, est loin d’avoir tirer ces pays d’affaire.

Dans le cas du Burkina Faso, c’est à la faveur de la Rectification survenue le 15 Octobre 1987 que le PAS a été introduit. Que ce soit sous sa forme originelle ou sous la forme des différentes mutations qu’il a subi, le PAS a été omniprésent tout au long du règne de Blaise Compaoré. Il a constitué l’essence même de la politique de développement mise en œuvre durant toute cette période. Il a été la bible qui a guidé l’action de tous les ministres ayant appartenu aux gouvernements successifs de Blaise Compaoré.

Quel bilan peut-on tirer aujourd’hui de la mise en œuvre du PAS ? Cela assurément nécessite un long débat qu’il n’est pas possible d’épuiser dans l’espace d’une seule publication. C’est pourquoi la présente réflexion s’attachera dans le cadre de ce premier article, à rappeler comment notre pays est allé au PAS et qui en étaient les premiers décideurs. Dans une autre publication, nous procèderons à l’analyse des conséquences économiques et sociales du PAS dans notre pays.

1 – Pourquoi le PAS au Burkina ?

Ce sont surtout les tensions au niveau des finances publiques qui ont entrainé le Burkina Faso dans le PAS. Pascal Zagré, qui fut un des architectes du PAS burkinabè, explique dans ses écrits que c’est le poids de l’endettement qui a obligé notre pays à aller au PAS. En effet, à la fin de l’année 1989, l’encours total de la dette de notre pays avait atteint 217,17 milliards de FCFA. En soi, ce montant n’est pas très élevé. D’habitude pour juger la dette d’un pays, on la compare à sa richesse nationale, son fameux Produit Intérieur Brut. Notre dette représentait à l’époque 29,6% de notre richesse. Il est intéressant de noter qu’après avoir beaucoup augmenté, le même ratio est retombé à 30% en 2013, presque le même qu’en 1989, en raison des annulations dont notre pays a bénéficié dans le cadre de l’initiative Pays Pauvres Très Endettés (PPTE).

En 1989, le service de cette dette (c’est à, dire le montant à rembourser chaque année) était aussi quelque peu modéré puisqu’il ne dépassait pas 9,4% des exportations de la même année. Mais le véritable problème du Burkina à l’époque, c’était la faiblesse des revenus collectés. Les années de braise de la révolution n’ont pas permis au secteur privé de prospérer. Or, c’est lui le principal pourvoyeur de recettes de l’état. Face à des recettes fiscales et douanières très faibles, le pays a choisi de ne pas rembourser ses dettes. Il a donc accumulé des arriérés.

Fin 1988, le montant total des arriérés sur la dette extérieurs avaient atteint le montant de 43,3 milliards de FCFA.

La situation était plus dramatique pour les arriérés intérieurs, c’est-à-dire l’argent que le gouvernement devait à ses fournisseurs et aux entreprises ayant exécuté des marchés publics. Ils se chiffraient à plus de 45 milliards la même année. En mai 1990, les arriérés extérieurs et intérieurs avaient atteint le chiffre inquiétant de 94 milliards soit autant que les recettes propres de l’année considérée.

Les arriérés intérieurs asphyxient l’économie puisqu’ils mettent à genoux les fournisseurs de l’état. Les arriérés externes coupent le robinet des financements extérieurs puisqu’on ne prête pas à un état qui ne paie pas ses dettes. C’est lorsqu’un pays se trouve coincé dans une telle situation que la Banque Mondiale et le FMI débouchent pour proposer leur aides. Le marché est simple : eux vous prêtent de l’argent pour vous permettre de rembourser vos dettes et pouvoir ainsi emprunter à nouveau ; vous, vous mettez en œuvre les réformes que eux veulent : libéralisation, privatisations, etc..Le Burkina était une proie idéale !

2 – Les décideurs du PAS

Dès son l’avènement, le Front Populaire, à travers notamment son programme d’action de Janvier 1988, a annoncé son intention d’entamer des discussions avec les institutions de Bretton Woods, en vue de l’adoption d’un PAS.

Nul ne doute qu’il s’agit là de la volonté du premier rectificateur, Blaise Compaoré lui-même. Dans l’ambiance de l’époque, personne n’aurait osé inscrire une telle assertion dans le programme du Front populaire sans son aval.

C’est donc Blaise Compaoré lui-même qui a opté de conduire notre pays dans le PAS, sans doute sur les avis de ses conseillers extérieurs.

Si l’intention était annoncée dès Janvier 1988, c’est finalement en Septembre 1989 que la démarche a réellement démarré. En effet, en Septembre 1989, le Gouvernement rédigea, avec l’appui des techniciens de la Banque Mondiale et du FMI, un projet de Document de Cadre de Politique Economique (D.C.P.E), qui expliquait les grandes lignes du PAS. Ce document a été soumit le 20 octobre 1989 à l’appréciation de la plus haute instance de l’Etat, à savoir la Coordination du Front Populaire.

Cette réunion de la coordination du Front Populaire consacrée à la discussion du Document Cadre de Politique économique constitue ainsi le moment crucial de la décision d’aller au PAS. Elle marque aussi un véritable tournant dans la conduite de la politique économique du pays, et une rupture définitive avec la période révolutionnaire. La coordination du Front Populaire qui a pris la décision historique d’engager notre pays sur le chemin du PAS, comprenait en son sein d’éminentes personnalités politiques de ce que l’on pourrait qualifier la «  gauche révolutionnaire » : Oumarou Clément Ouédraogo, Moctar Tall, Alain Zoubga, Salif Diallo, Dr Emile Paré, et bien d’autres personnes.

Les membres de la coordination du Front populaire sont donc, aux cotés de Blaise Compaoré, les premiers responsables de l’introduction du PAS au Burkina et de ses conséquences sur la vie de nos populations.

Fort de l’aval de la coordination du Front Populaire, le gouvernement peut annoncer officiellement le 20 Décembre 1989, son intention de conclure un PAS avec le FMI et la Banque mondiale. Mais pour coller à l’air du temps, et souhaitant avoir l’aval de la population, le Front Populaire organise des assises nationales sur l’économie, qui se tiennent le 12 mai 1990. Ces assises vont réunir plus de 2 000 participants triés sur le volet ( Comités révolutionnaires, opérateurs économiques, syndicats, etc..) pour examiner sans complaisance les réformes liées au PAS et pour envisager les alternatives possibles offertes à l’Etat afin de sortir l’économie de l’impasse prévisible. Au terme de ces assises, il a été convenu à l’unanimité de la mise en place d’un programme de réformes économiques soutenu par les institutions de Bretton Woods. Avec l’onction de ces assises, le Front Populaire pouvais désormais présenter le PAS comme une émanation de la volonté populaire. Ces 2000 délégués savaient ils qu’ils prenaient ainsi une décision hautement historique ? Ont-ils même compris l’enjeu de la question ? On peut se le demander !

En vérité, ces assises n’ont été qu’un simulacre. Car, au moment où se tenaient ces assises, les émissaires du gouvernement avaient déjà commencé les discussions avec la Banque Mondiale et le FMI, et ce depuis Octobre 1989. Ces discussions vont d’ailleurs durer jusqu’à mars 1991.

Le PAS du Burkina a été essentiellement préparé et négocié par trois membres  du gouvernement:

– Mme Bintou Sanogo, Ministre des Finances, (ancienne DG d’Air Burkina, elle a été nommée à ce poste le 23 Août 1988).

– Mr Tiraogo Célestin Tiendrebeogo, Secrétaire d’Etat au Budget depuis le 15 Octobre 1987 (il sera plus tard promu Ministre délégué au même poste, puis sera nommé DG de la Sofitex après son départ du gouvernement)

– (feu) Mr Pascal Zagré, Ministre du Plan et de la Coopération Internationale.

Le premier rapport du PAS du Burkina Faso a été soumis au Conseil d’administration du FMI en Mars 1991 et à celui de la banque mondiale le 4 Juin 1991. Il portait sur un montant de 80 millions de dollars US (environ 40 milliards de francs CFA).

Ce programme du premier PAS burkinabè couvrait la période 1991-1993 et avait pour objectifs :

  • l’élimination de tous les arriérés extérieurs et intérieurs ;
  • la maîtrise du déficit des finances publiques ;
  • une restructuration profonde des dépenses publiques ;
  • contenir le déficit du compte courant à 14% du PIB ;
  • la réalisation d’un taux moyen de croissance du PIB réel supérieur ou au moins égal à 4% et du revenu par habitant de 1% par an ;
  • la limitation du taux d’inflation mesuré par l’indice des prix à la consommation à 4%.

Dans le cadre des négociations, la délégation burkinabè a arrêté avec le FMI et la Banque Mondiale un certain nombre de réformes que notre pays s’engageait à mettre en œuvre. Ces engagements, contenus dans une matrice de mesures, concernaient :

  • la restructuration des dépenses publiques
  • l’investissement dans les 4 secteurs prioritaires que sont : la santé, l’éducation primaire, les routes, et la collecte des recettes
  • la programmation de l’investissement public
  • la réforme des entreprises publiques (avec une liste précise d’entreprises publique à liquider, à restructurer, ou à privatiser)
  • la réforme du secteur bancaire
  • la libéralisation des prix
  • la libéralisation du commerce selon un échéancier établi à l’avance
  • etc…

Mais les ministres qui ont négocié le PAS (Sanogo et Zagré) n’auront pas l’opportunité de conduire le programme pendant longtemps. Pascal Zagré est limogé le 10 Septembre 1990, avant même la fin des négociations, et remplacé par Frédéric Assomption Korsaga qui devient le nouveau ministre du Plan et de la Coopération.

Bintou Sanogo perd son poste le 16 Juin 1991, à peine deux semaines après l’adoption du PAS du Burkina par le conseil d’administration de la banque mondiale (4 Juin 1991), au profit du même Korsaga qui se voit propulsé à la tête d’un grand ministère unique des Finances et du Plan.

De ce fait, c’est surtout à Frédéric Assomption Korsaga qu’est revenu la responsabilité, en tant que ministre des Finances et du plan, de mettre en œuvre le PAS dans ses premiers moments. Pour l’appuyer dans cette tache, il avait deux ministres délégués :

  • pour le Budget, Mr Célestin Tiendrebeogo.
  • pour le Plan, Mr Jacques Sawadogo, précédemment DG de l’Onatel, et plus tard ambassadeur à Taiwan.

En plus, pour mieux organiser les relations avec la Banque Mondiale et le FMI, il a été créé un Ministère spécial du PAS, dénommé Ministère des Réformes économiques. Ce ministère a été confié à Mr Bissiri Sirima, qui sera plus tard coordinateur du MCA.

En Juin 1992, Frederic Assomption Korsaga quitte le gouvernement. Il est remplacé par Roch Marc Christian Kaboré, nommé Ministre d’Etat, Ministre des Finances et du Plan. Le Ministère des Réformes économiques fut supprimé et remplacé par un Secrétariat Technique Permanent du PAS (STP/PAS), rattaché au ministre des finances, et confié toujours au même Bissiri Sirima. Le ministre délégué au budget est toujours Célestin Tiendrebeogo. Le ministère délégué au plan est supprimé.

En Juillet 1993, RMCK perd son poste au profit d’Ousmane Ouédraogo, venu tout droit de la BCEAO où il occupait le poste de Vice Gouverneur. Ce dernier reste en poste jusqu’à Mars 1994, date à laquelle il est remplacé par Zéphirin Diabré, qui était entré au gouvernement en Juin 1992 comme Ministre du Commerce, de l’Industrie et des Mines. Au Commerce, c’est Souley Mohamed, ancien DG de la Sonabhy, qui succède à Diabré.

Diabré est secondé dans un premier temps par Célestin Tiendrebeogo, puis à partir de 1995, par Tertius Zongo, nomme ministre délégué au Budget et à la Planification. En Septembre 1996, le Premier ministre, Kadré Désiré Ouédraogo décide de cumuler son poste avec celui de ministre des finances, afin de mieux s’impliquer personnellement dans la conduite du PAS. Il nomme Diabré au CES, mais conserve auprès de lui Tertius Zongo toujours comme ministre délégué. En 1997, Kadré cèdera finalement sa place de Ministre des Finances à Tertius Zongo, qui y restera jusqu’en 2001, avant de devenir Ambassadeur aux USA et par la suite Premier ministre de 2007 à 2011. Tertius Zongo sera remplacé aux finances par Jean Baptiste Compaoré .Ce dernier séjournera à ce ministère jusqu’en 2008, avant de rejoindre la BCEAO comme Vice Gouverneur. Il y est toujours. Jean Baptiste Compaoré est remplacé par Lucien Marie Bembamba, qui pilotera le département des finances de 2008 jusqu’à la chute du régime Compaoré en Octobre 2014. Jean baptiste Compaoré et Lucien Bembemba, proches parents du Président du Faso,   sont les ministres qui ont le plus duré aux finances sous Blaise Compaoré : 7ans et 6 ans respectivement ! Dans l’histoire du Burkina, ils ne sont devancés en termes de longévité au poste de ministre des finances que par l’Intendant Général Tiémoko Marc Garango qui y est resté 10 ans (1966-1976).
Dans la conduite du PAS, le Ministère des Finances est le chef d’orchestre.

C’est lui l’interface avec la Banque Mondiale et le FMI. C’est lui le coordinateur du programme. Mais plusieurs réformes relevant du PAS sont prises en charge par d’autres ministères, qui eux aussi font donc partie intégrante de la gestion du PAS. Il s’agit notamment :

– du ministère du Commerce et de l’industrie, qui avait en charge le volet de la libéralisation du commerce, et des privatisations,

– du ministère de l’agriculture, qui mettra en œuvre un volet spécifique du PAS dénommé Programme d’Ajustement du secteur agricole (PASA)

-du ministère des Transports, qui aura aussi son propre PAS dénommé PASECT (Programme d’ajustement sectorielle des transports)

-du ministère de l’éducation

– du ministère de la santé

-du ministère de la fonction publique, qui mettra en œuvre le programme d’appui à l’administration(PAA)

Etc..

Au fil du temps, rares étaient les ministères qui n’étaient pas concernés par un volet du PAS. De ce fait, l’écrasante majorité des personnes qui ont occupé des fonctions ministérielles sous Blaise Compaoré ont eu à mettre en œuvre un volet du PAS, avec pour chef de file le Ministre des Finances.

Au fil du temps, le PAS a pris des colorations différentes. Mais la philosophie a toujours été la même : libéraliser l’économie et promouvoir le secteur privé.

Quoiqu’ils puissent s’en défendre, c’est cette philosophie que tous les ministres ayant travaillé avec Blaise Compaoré ont eu à mettre en œuvre, surtout ceux qui avaient la charge des ministères directement concernés par le PAS, et cités plus haut.

Dans la suite de notre réflexion, nous allons nous intéresser au contenu des différents programmes du Pas du Burkina et à leurs conséquences économiques et sociales.

Sayouba Tiemtoré

Socio-économiste

sayouba_tiemtore@yahoo.fr

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